mercredi 26 mars 2008

Hommage à Thierry Gilardi

Je suis vieux, je suis gros, je suis moche. Et je suis handicapé. J’ai une petite bite, si petite que parfois, je la perds de vue, sous la touffe de poils grisâtres de mon pubis. Je suis pauvre, très pauvre. Je vis de subsides de la sécurité sociale dont le décompte m'est adressé par voie postale. Je ne sais pas ouvrir ma boîte aux lettres. J'ai besoin de quelqu'un qui l'ouvre pour moi. De toute façon, je suis trop con pour comprendre les décomptes de la sécurité sociale.
Je suis sale. J’ai calculé qu'il ne se passe pas une minute sans que je pète au moins une fois. La toile tissée de mon fauteuil roulant est auréolée de la trace de mes pets gras et humides. Mes pets puent. J’aime sentir l’odeur de mes pets ; elle me tient compagnie. Je n’ai rien d’autre. Quand je suis constipé je suis triste. Chier est pour moi une occupation tout comme pour vous faire les soldes à Noël, ou au printemps vous promener parmi les champs tapissés de fleurs avec votre bien aimée qui se serre contre votre épaule, bande de veinards. Je ne mange pas je bouffe. Si je me tâche de partout il ne faut pas seulement accuser mon invalidité. Je suis un porc. Ma voix est éraillée, on ne comprend pas ce que je dis. De ma bouche ne sortent que des Reuhh, des Rahh, des Grrrr, des Pkkkk. De ma bouche sortent aussi des postillons, et un filet de bave qui me coule sur le menton. Il ne faut pas m’en vouloir. Je suis aussi paralysé du visage. Aujourd’hui j’apprends que Thierrry Gilardi est mort et moi je suis toujours en vie. Ainsi va le monde.

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